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N° 68 - 1999-05 1949 - 1999: 50 ans l'UFCE Au 50è anniversaire de l'UFCE, nous faisons face à une époque de réorientation semblable comme l'a vécu l'UFCE au moment de sa fondation. Il n'est pas encore certain si les intellectuels français ont raison en caractérisant le conflit des Balkans d'Europe en l'an 1 (A. Glucksmann) ou «L'Europe commence à Sarajewo» (A.Finkielkraut). Le fait est que nous sommes au beau milieu d'un processus de réflexion et d'aménagement à savoir quel habit politique devra avoir une Europe de demain. A double égard, notre situation est plus difficile que celle de nos pères fondateurs, il n'y a plus aujourd'hui de rideau de fer et de visions du monde contraire qui permettent de donner naissance à des idées hostiles et de prendre avec des vérités claires des positions qu'il n'est pas possible de sonder et qu'il faut sonder. De plus : nous ne pouvons pas nous orienter sur le passé récent. L'habit d'une Europe des états nationaux souverains fait bien partie finalement du cabinet des raretés de l'histoire politique. Son importance est de plus en plus criblée dans la politique réelle : les mots tels que globalisation avec des instruments de règlement multi-internationaux et internationaux d'une part, l'autonomie locale et régionale d'autre part, les formes de coopération au-delà des frontières, mais aussi un réseau croissant d'instruments politiques, juridiques et impératifs internationaux peuvent suffire à montrer la perte de signification réelle et la relativisation croissante de «l'état national». Ce qui se passe dans le quotidien réel, est une chose : qu'il y ait des restes d'une ère d'état national dans les têtes, dans les structures sociales et les institutions étatiques, que même des modèles de conflit ethno-nationalistes continuent d'être entretenus et que la nourriture soit obtenue, est une autre. Partout, il faut encore détecter en Europe des éléments d'un nationalisme confortable à agressif, et nous faisons bien de leur attribuer le lieu qui leur revient : ils font partie de la conscience collective des peuples, c'est là qu'ils doivent être protégés et conservés, mais ils doivent être, une chose qu'on ne peut souligner avec suffisamment de clarté, détachés des engagements avec l'armée et la force ainsi que des identifications collectives avec les états et leur instrument de pouvoir. Les membres des minorités ne sont pas vulnérables aux idées nationalistes. Mais l'histoire et la civilisation européenne sont également tissées d'autres étoffes qui ont de l'avenir et desquelles nous pouvons nous servir pour la création d'un nouvel habit politique. Nous devrions nous orienter sur celles-ci. Dans cette mesure, l'«Europe arise» de Churchill après la seconde guerre mondiale contient la dominante optimiste qui peut être également reportée à notre époque. Malgré tous les brusques revirements, nous pouvons nous laisser contaminer à fortes raisons par l'enthousiasme de pouvoir être les témoins et les créateurs actifs de cette nouvelle Europe. En tant que membres de minorités nationales et de petites communautés linguistiques et culturelles autonomes, nous sommes dans une certaine mesure les prototypes de cette Europe de demain ; nous devrions par conséquent nous emparer de l'enthousiasme. Tout ce qui nous parait naturel, devrait paraítre également évident à la population majoritaire : le multilinguisme et peut-être la capacité de devoir construire des ponts de façon culturelle, spirituelle et politique entre différentes cultures. Europe arise : c'est l'héritage qui est transmis à l'UFCE d'aujourd'hui par la génération fondatrice de l'UFCE et, extrêmement récent. N'hésitons pas à être les collaborateurs et collaboratrices d'une Europe reposant sur 4 piliers : - les valeurs sécularisées fondamentales de la tradition chrétienne qui se sont traduites dans les droits de l'homme généraux et engageant les parties, dans les institutions et structures nationales et démocratiques. - le complément de ces valeurs par des droits et des règlements de protection qui garantissent le déploiement libre et sans obstacles des peuples et des nationalités et qui protègent et soutiennent ceux qui sont menacés. - la reprise de la grande histoire de notre continent, l'histoire de la diversité des langues, des cultures et des peuples, de leur libre déploiement sans obstacle ainsi que de la concurrence créative de l'esprit et des mentalités entre elles. - c'est ici le lieu de rappeler les grandes paroles du théologien et poète danois, les paroles FRIHED SÔVEL FOR LOKE SOMVEL SOM FOR THOR, un appel à la liberté pour les contradictions, un appel à l'actualisation de l'idée de la tolérance et du respect d'autrui, ancrée dans la conscience, à savoir que nous sommes tous en possession de vérités partielles et qu'il n'y a pas et qu'il ne doit pas y avoir de vérités absolues et uniques. C'est la véritable richesse de l'Europe qu'il s'agit de réanimer. Par ces mots, j'ouvre officiellement le 43è congrès anniversaire de l'UFCE de Haderslev.
Il y a cinquante ans 1949 à 1999 Le sens d'une lutte
Le 9 et 10 avril 1949, un congrès étonnant a lieu au Palais de Chaillot à Paris sur l'initiative de l'«Union des Fédéralistes de Bretagne». Au même jour près quatre mois après le vote de la Déclaration générale des droits de l'homme par l'assemblée plénière des Nations Unies, se réunissent au même endroit quelques centaines de représentants des «régions européennes» : des groupes ethniques sans état ou au sein d'états proclament également leurs droits : le droit des peuples, qui représente en fin de compte la conséquence ou plus exactement la condition nécessaire pour les droits de l'homme. En effet, une réunion surprenante, en raison du nombre inattendu de participants venus de la capitale du jacobinisme, de Bavière, d'Ecosse, du Frioul, de Wallonie, de cantons suisses, de la Frise etc., de groupes qui ne s'étaient pas encore produits devant un public international pour manifester toute leur volonté d'existence... sans oublier les délégués catalans et basques en exil, et deux autres représentants, aussi en exil, d'une région que l'on appelait déjà à l'époque comme étant «de l'autre côté du rideau de fer. Un succès tellement inattendu pour tout le monde que le gouvernement français de l'époque a envoyé en dernière minute l'un de ces jeunes secrétaires d'Etat, du nom de ... François Mitterrand. Chargé du discours d'ouverture en tant qu'organisateur breton, j'avais d'abord signalé le sens de cette initiative, qui, comme je peux le dire aujourd'hui, avait été introduite avec tellement de crainte et d'incertitude et avais souligné trois principes. «Le premier principe est que l'Europe ne doit pas seulement être une rencontre d'états dont elle se compose ; elle doit une force de libération, et rien de ce dont compose sa diversité naturelle, doit lui être étrangère... Le second principe est que le soutien des communautés ethniques et des régions doit s'effectuer en dehors de tout esprit agressif. Nous ne voulons pas dresser des barrières, mais nous voulons le déploiement de ces richesses, sans lesquelles l'Europe s'appauvrirait.... Le troisième principe est que seul le fédéralisme intégral permet une solution globale, progressive et finale du problème des régions européennes. Seul le fédéralisme peut garantir la part de souveraineté qui revient aux états et celle revenant aux groupes ethniques régionaux. «Et j'ai conclu mon discours en disant : «C'est à nous d'agir de façon à ce que l'heure de l'Europe soit pour nous en tant que régions l'heure de l'émancipation, l'heure de la liberté véritable.» L'heure de l'Europe? Elle paraissait bien lointaine à l'époque, et nous ne savions du reste pas nous comment retarder voire empêcher les difficultés qui auraient pu survenir au cours des décennies à venir. Bien sûr onze mois avant, du 7 au 9 mai 1949 avait eu lieu la splendide rencontre à la Haye dont l'ouverture avait été effectuée par Winston Churchill, et en août 1949, le Conseil de l'Europe avait été fondé comme instance consultative. Mais les premières institutions européennes réelles devaient suivre beaucoup plus tard. La C.E.C.A. (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) à laquelle appartenaient uniquement six pays, n'a été fondée qu'en 1952, l'Euratom (Communauté européenne de l'énergie atomique) et notamment la C.E.E. (Communauté économique européenne) n'a vu le jour qu'au 1er janvier 1958. C'est cinquante ans après ce congrès des régions européennes que l'Union européenne est née réellement après les ratifications difficiles des accords de Maastricht et que la monnaie commune en tant qu'instrument véritablement fédéraliste a commencé sa carrière, alors que nous pensions que les choses se seraient déroulées beaucoup plus rapidement.
Mais comme il s'agit d'une entreprise historique orientée sur la fondation de l'Europe unique, le temps compte mois que la chose elle-même et que le contenu politique, institutionnel, économique et culturel de cette union. Les espoirs fédéralistes du Palais Chaillot se réaliseront-ils ou est-ce que nous nous sommes du moins rapprochés d'eux ? Et quel rôle avons-nous joué au cours de cette évolution, chacun bien sûr selon ses propres méthodes et possibilités, mais dans l'esprit du Congrès de fondation d'avril 1949 ? Une Europe fédéraliste ou une Europe d'états nationaux ? Cette discussion n'a rien perdu de son caractère explosif. Elle a été marquée par une série de coups manqués, notamment l'échec de la Communauté européenne de la défense en 1954. Mais qu'en est-il de cette Europe à la date de son cinquantième anniversaire dans le domaine que nous appelons fédéralisme interne qui concernait concrètement notre rencontre au Palais Chaillot et six après notre réunion à Versailles ? Qu'en est-il du respect du droit des peuples qui représentent au-delà des états la nature de l'Europe ? On ne peut pas dire que l'Europe de 1999 ignore entièrement les réalités régionales, dans lesquelles s'expriment les intérêts quotidiens, quand on pense que, avant sa répartition en états, notre vieux continent connaissait tout à fait d'autres répartitions desquelles les citoyens étaient plus proches et qui s'appelaient Bretagne, Normandie, Aquitaine, Lombardie, Flandres, Bavière, Catalogne, Schleswig etc. Depuis les accords de Maastricht, il existe du reste une commission régionale au sein des institutions européennes dont l'influence est sans aucun doute modeste, mais signalant toutefois une certaine tendance. Et finalement, les régions sont de plus en plus présentes à Bruxelles et élèvent leurs voix à côté de celles des états. Ces réalités régionales se sont imposées grâce à nous au sein du Conseil de l'Europe, comme l'a montré l'adoption de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires par l'assemblée du Conseil. Dans tous les cas, le grand changement par rapport à 1949 réside dans le fait que le régionalisme n'est pas seulement reconnu dans tous les grands pays, mais que nous vivons un déploiement de sa force qui, comme chacun sait, est irréversible. L'exemple britannique est le plus récent avec le statut d'autonomie qui est accordé à l'Ecosse et au Pays de Galles à partir du 1er janvier 2000. Le statut fédéraliste qui a été infligé à l'Allemagne après la défaite de 1945, s'est dévoilé pour le pays comme étant une chance véritable et explique sans aucun doute le «miracle économique allemand»...
Mais qu'est-ce qu'une vraie région au sens propre que nous appelons ainsi et qui ne doit pas être confondue avec une simple structure permettant des planifications économiques. Nous parlons d'une «région ethnique» d'après le mot «ethnos» qui ne signifie en aucun cas «race» comme on l'affirme parfois, mais peuple. Je me réfère du reste au dictionnaire philosophique de Paul Fouquié dans lequel le terme «Ethnie» est défini comme suit : «néologisme technique du domaine de la sociologie qui s'appuie sur le peuple grec «ethnos» : un groupe d'individus qui peuvent appartenir à différentes races et nations, mais qui sont unis par une civilisation commune». Une civilisation, cela veut dire une histoire, une façon de vivre, une culture et souvent une langue propre. En 1949, nous avons hésité en ce qui concerne le vocabulaire et avons utilisé le terme plus général «communauté». Nous avons depuis précisé le mot par «communauté ethnique» que j'accepte, à condition que l'on tienne au vrai sens du mot «ethnie» qui est exempt de toute notion raciste non contenue dans l'origine grecque. Il reste encore le terme de «minorité» qui correspond à deux réalités nettement séparées : aux minorités qui se reconnaissent dans un pays natal duquel elles se sont détachées ou se sentent détachées ; et aux minorités qui vivent de façon isolée au sein de la culture d'un état dominant et qui n'envisagent pas de se rattacher à un autre pays. La solution reste en tout cas celle que nous avons proposée en 1949 : une Europe fédéraliste des régions. Serait-ce la fin des états? Ce serait à l'extrême la fin des états nationaux unitaires centralisés dont la France était le modèle pendant longtemps ; la France de Louis XIV. «L'Etat, c'est moi», la France de la Révolution, celle de Napoléon Bonaparte et de la République «unie et indivisible». Nous avons dû attendre jusqu'au Général de Gaulle pour entendre une autre voix qui n'a pas été écoutée malheureusement : «les efforts depuis des siècles en vue d'une centralisation ne sont plus offerts. Ce sont les activités régionales qui représentent la puissance économique de demain (discours de Lyon, le 24 avril 1968). Les régions, les communautés ethniques, les minorités ne s'efforcent plus aujourd'hui à se détacher, même à fonder de nouveaux états ou à rectifier les frontières des pays actuels, mais à imposer en Europe l'idée de puissance fondée sur le principe de subsidiarité, qui a été du reste adopté dans les accords de Maastricht, pour rétablir l'ordre naturel des choses, selon lequel l'homme et les communautés dans lequel il s'épanouie, garde la suprématie vis-à -vis des états. C'est donc une idée très grande que nous avions introduite en 1949 au Palais de Chaillot et à Versailles en rappelant l'existence et la dynamique de ces petites communautés, régions, minorités ethniques etc. dont la diversité représente non pas seulement l'unicité, mais aussi la richesse de notre vieux continent. C'est par conséquent à l'Europe de garantir sa protection et son développement. C'est le sens de la lutte que nous avons commencée il y a 50 ans.
50 ans d'activités européennes en faveur des minorités: l'UFCE 1949-1999 A la fin de l'automne de 1949, c'est à Versailles près de Paris qu'a été fondée une organisation d'associations de minorités et de régionalistes qui a été baptisée quelques années plus tard Union Fédéraliste des Communautés Ethniques en Europe. En 1999, l'UFCE peut donc faire un examen rétrospectif d'un demi-siècle en tant qu'organisation d'intérêts de et au profit de minorités et de nationalités en Europe. A l'occasion de cet anniversaire, nous étudions actuellement l'histoire entière de l'UFCE. Le projet de recherche se clôturera à la fin de l'année par une publication d'environ 250 pages où viennent s'ajouter de nombreuses photos et autres illustrations qui éclairent l'histoire et l'évolution de l'UFCE. L'étude se base sur la première analyse des archives complètes de l'UFCE. De plus, un grand nombre d'autres publications et interviews avec des témoins de l'époque en constitueront la base. Le comité directeur a permis l'accès à l'ensemble des dossiers de l'époque comprise en 1949 et 1999. L'étude repose donc principalement sur des sources primaires.
Il est possible de diviser l'histoire de l'UFCE en plusieurs niveaux d'évolution. Les débuts de l'organisation remontent au mouvement d'unification européenne de l'époque d'après-guerre pendant lequel les groupements fédéralistes et régionalistes jouent un rôle sensible. L'organisation qui a été décidée lors du premier congrès en avril 1949 à Paris et fondée lors du second congrès à Versailles en novembre 1949, faisait partie intégrante de l'idée européenne. Le terme «fédéraliste» n'était donc pas initialement une caractéristique de la structure de l'Union, mais doit être compris dans le contexte des efforts fédéralistes prédominants à cette époque en vue de créer une Europe unie, mais non centralisée. Jusqu'au début des années 60, l'UFCE est restée membre dans le mouvement européen, et avait, tout comme d'autres associations poursuivant le même objectif, le droit de vote et de siège dans l'Union européenne. La fondation de l'Union s'est réalisée en deux étapes. La structuration a nécessité également plusieurs démarrages. Après que l'Union des minorités et des régions a été fondée en même temps qu'un Conseil fédéral des minorités et des régionaux, le secrétariat général avait d'abord son siège à Paris dans les locaux des régionalistes français, La Fédération. Bien que plusieurs réunions du bureau ont eu lieu au cours des premières années, on s'est très vite rendu compte que l'Union de cette époque était vouée à l'échec si un nouvel élan d'enthousiasme n'arrivait pas à se déployer. Ceci a entraíné, à l'assemblée du conseil fédéral à Leeuwarden en 1950, la décision de convoquer un autre congrès des minorités et des communautés ethniques, le troisième au total, qui a eu lieu en 1951 à Copenhague. A Copenhague, le représentant danois au Conseil fédéral, Jørgen Kiesbye Møller, a fondé un comité d'organisations avec entre autres Povl Skadegård en tant que membre. Lorsque Kiesbye Møller a été nommé juge danois suprême au Groenland, Skadegård a pris son poste au Conseil fédéral et a organisé, au titre de président du comité en coopération, le Congrès de Copenhague de 1951 avec quelques Danois engagés. Le financement a été pour finir garanti par le Ministre danois des Affaires étrangères, Ole Bjørn Kraft, qui était depuis Versailles président honoraire de l'Union, sans toutefois participer activement aux activités.
Le Congrès dans les bâtiments du Parlement danois Christiansborg a eu une importance considérable. On y a jeté à nouveau les bases, et un activisme idéaliste a commencé à se déployer. Une décision importante a été la fondation d'un bureau d'informations autonome pour les minorités qui a été dirigé par le Danois Per Thaulow, et qui a travaillé de manière indépendante jusqu'en 1954 à côté du secrétariat général. Le Bureau a publié notamment la revue Small Nations dont les articles étaient conçus comme étage préliminaire à un Manuel des Minorités européennes. En même temps, la base de l'Union s'est également modifiée. Le Conseil fédéral a perdu son importance, les régionalistes et fédéralistes ont quitté ensuite petit à petit l'Union tandis que l'étroite liaison avec l'Union européenne devait bien sûr continuer d'exister. Peu après, Skadegård est devenu secrétaire général de l'Union qui obtint le nom allemand actuel en 1954 «Fö deralistische Union der Europä ischen Volksgruppen» (Union Fédéraliste des Communautés ethniques en Europe), tandis que le nom anglais a continué encore quelques années d'avoir le complément «and regions». Skadegård a réalisé une réorganisation et des modifications de statuts, et a marqué les activités ultérieures avec son épouse Jytte . Plusieurs autres associations membres ont rejoint l'UFCE, et celle-ci a essayé d'acquérir une importance pan-européenne. Malgré les plusieurs demandes déposées en vue d'obtenir le statut d'observateur auprès du Conseil d'Europe fondé en 1949, cette importante reconnaissance internationale a toujours été refusée jusqu'en 1989. L'époque Skadegård est caractérisée par l'intégration des expulsés allemands au sein de l'UFCE. Inversement, Povl Skadegård s'est également engagé dans les projets des associations d'expulsés avec lesquelles il a entretenu une cordiale relation. A cette époque, Skadegård, un danois aux idées très nationalistes, est devenu un internationaliste au caractère conservateur, qui ne s'occupait pas seulement des intérêts des Allemands des Sudètes. L'importance des Skadegård ne doit pas être sous-estimée. Sans leur engagement, l'UFCE n'existerait sûrement pas aujourd'hui. Ils ont organisé eux-mêmes, et notamment Jytte en qualité de chef d'organisation, les congrès et ont entrepris des voyages d'études dans plusieurs régions de minorités à l'Ouest, mais aussi à plusieurs reprises en Europe de l'Est. Après la mort de Jytte Skadegård, Povl Skadegård s'est retiré au début des années 70 de ses fonctions de secrétaire général. L'Union a dû alors se réorienter. Ce faisant, les minorités dans la région frontalière germano-danoise et ainsi que les Tyroliens du Sud y ont joué un rôle important. Plusieurs tentatives ont été entreprises pour créer une organisation plus efficace et pour trouver en plus une base financière sûre. Dans ce contexte, l'UFCE s'est efforcée de plus en plus à obtenir une reconnaissance européenne également auprès du Parlement européen. Un support financier n'a toutefois jamais été accordé. Mais les tentatives visant à maintenir la tradition des congrès de nationalités de l'époque entre deux guerres n'ont pas remporté le succès attendu. Le Congrès des nationalités en 1985 à Genève n'a pas eu l'effet espéré. On a toutefois gardé par la suite l'appellation Congrès des Nationalités. Mais l'UFCE était une organisation et ne pouvait pas fonctionner en tant que continuation des congrès de nationalités malgré ses ambitions clairement formulées. A cela s'est ajoutée une certaine situation de concurrence vis-à -vis d'autres organisations internationales qui s'occupaient de problèmes de minorités. Les minorités celtes et celles d'Europe du sud-ouest ont fondé leurs propres forums. Une nouvelle organisation a été également soutenue financièrement par le Parlement européen : le Bureau Européen des Langues moins répandues à Dublin tandis que les efforts de l'UFCE visant un soutien correspondant sont restés sans succès. Les renversements politiques de 1989 à 1991 en Europe centrale et de l'Est ont entraíné une restauration de l'UFCE. Malgré tout l'enthousiasme de premier plan, le congrès anniversaire de 1989 était toutefois marqué par le fait que l'UFCE paraissait à cette époque arrivée au bout de ses possibilités. Déjà deux ans après, elle a trouvé de nouveaux objectifs lors du Congrès de Budapest. Le défi est-européen a été surmonté en prenant immédiatement contact avec les minorités qui n'avaient pas été intégrées dans les activités au cours des années précédentes ou que de façon temporaire. Il faut toutefois souligner ici que l'UFCE n'avait jamais entièrement perdu de vue la thématique des minorités en Europe de l'Est. L'UFCE n'a pas cessé de prendre des initiatives pour établir les contacts et trouver des formes de coopération. Après 1990, de nombreuses nouvelles associations sont devenues membres de l'UFCE. Notamment des minorités allemandes et hongroises ont déposé très vite des demandes d'adhésion, mais aussi beaucoup d'autres minorités ont rejoint l'UFCE. L'expansion a exigé de nouvelles structures sur le plan de l'organisation . Par conséquent, une professionnalisation de l'UFCE a été nécessaire au milieu des années 90. Ceci n'a pas pu être possible qu'en assurant une base financière adéquate. Dans ce rapport, les aides financières institutionnelles du Land Schleswig-Holstein, des régions autonomes Tyrol du Sud et de Trentin ont joué un rôle décisif. A cela s'ajoute un soutien financier du secrétariat général apporté par la fondation Hermann Niermann. Malgré ce soutien, on a dû toutefois constaté en 1999 que l'UFCE n'a pas encore une structure aussi forte qu'elle le souhaiterait pour lui permettre d'être active en faveur des minorités. Depuis 1949, les moyens financiers marquent ainsi les conditions cadres respectives de l'UFCE. Les fonctions de l'UFCE sont aujourd'hui encore plus nombreuses, mais aussi plus complexes que jamais. L'importance de cette organisation de minorités est aujourd'hui plus grande qu'il y a 10, 20, 30 ou 50 ans. Elle est reconnue aujourd'hui à l'échelle internationale et ses idées, suggestions et expertises sont de plus en plus écoutées. Le pas décisive vers la reconnaissance a été l'étude d'un projet de convention (le projet dit projet de Bolsano) qui a été décidé à l'unanimité au Congrès de 1992 et qui a été ensuite transmis aux institutions européennes ainsi qu'à de nombreux ministères des affaires étrangères. L'UFCE a alors continué ses efforts en vue de l'adoption d'un droit des minorités pan-européen. Déjà à l'époque du président de l'UFCE, Matuschkas, en 1956, les premiers «principes fondamentaux d'un droit de communauté ethnique» avaient été décidés. Ces principes étudiés grâce au soutien financier du service des affaires extérieures à Bonn ont été révisés depuis le début des années 60 et votés en 1967 à Apenrade sous une nouvelle forme. Au Congrès des Nationalités à Genève en 1985, une version modifiée a été adoptée. L'intérêt porté à un droit de communauté ethnique international est donc sans aucun doute l'un des points auquel l'UFCE a tenu avec la plus grande ténacité et qui n'a pas perdu aujourd'hui son caractère urgent et actuel eu égard aux conflits guerriers en Europe.
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